Le bicentenaire du ValSaint-Lambert au Grand Curtius de Liège

9 Mai, 2026 | Info

Pas moins de dix lieux célèbrent les différents aspects du bicentenaire de la Cristallerie du Val Saint-Lambert (1826-2026) : le château du Val Saint-Lambert
(« le cristal vivant »), le musée des Beaux-Arts de Charleroi (l’Art déco), le Design Museum, la maison Hannon, la fondation Madeleine à Bruxelles, les Floralies gantoises, le musée de Verviers (les presse-papiers), le musée de Beauraing (Cristallerie de Vonêche) et, aux Pays-Bas, à Leerdam.

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est la magnifique exposition du Grand Curtius : *Japonisme et Art nouveau*, ouverte jusqu’au 27 septembre. Verre ou cristal : celui-ci est un verre auquel fut ajouté du minium de plomb ; c’est donc un verre enrichi d’au moins 24 % d’oxyde de plomb, lui conférant brillance, densité et éclat lumineux.

L’exposition présente d’abord des œuvres éclectiques, avec notamment le goût de Camille Renard (1832-1921). On y découvre la taille riche, ou comment sculpter des motifs profonds à l’aide de meules abrasives.

Un autre thème majeur est le japonisme : cette sensibilité nouvelle à l’art et à l’art de vivre du Japon, qui influencera la peinture, la gravure, l’architecture, les textiles et les arts décoratifs, avec de nombreux vases, dont les verres hyalite (imitant des pierres fines comme l’agate ou le jaspe, noir ou rouge) ou encore ceux présentant des motifs orientaux.

Mais l’empreinte se marque surtout avec cet « art nouveau »,
entre la fin du XIXe siècle et l’avant-guerre 14-18 : un art inspiré de la nature, allant du naturalisme à des formes plus géométriques. Un art total, où tous les aspects d’un objet — couleur, décoration, structure, matière et fonction — sont conçus de manière cohérente. Le Val Saint-Lambert pourra compter sur des ingénieurs, chimistes et artistes de haut niveau, comme Léon Ledru (1855-1926).

Découvrez la garniture de toilette à décor d’orchidées, le vase à décor de violettes, le vase Jonghen, le vase U esthétique ou encore le superbe soliflore aux branches de marronnier. Deux techniques de gravure s’imposent également :
à l’acide ou à la roue.

Les contacts avec d’autres écoles artistiques, comme l’École de Nancy avec Émile Gallé, affinent encore la création. Trois supports contribueront au développement des ventes : de nombreux comptoirs à travers le monde, la présence aux expositions internationales et les catalogues de vente.

Léon Ledru traverse ces périodes avec une créativité remarquable, du naturalisme au modern style. L’outillage est également présenté au Grand Curtius, et des films montrent la finesse de ce travail méticuleux d’artisans — ou plutôt d’artistes.

Deux figures « extérieures » sont aussi mises en avant : l’imprimeur d’affiches Bénard et le créateur de meubles Gustave Serrurier-Bovy, sans oublier le peintre Auguste Donnay, fortement influencé par le japonisme.

Nous ne pouvons que vous recommander la visite des deux espaces d’exposition au rez-de-chaussée du Grand Curtius (attention : fermé chaque mardi ; entrée libre le premier dimanche de chaque mois). Un riche éventail d’ouvrages consacrés à ces styles est également disponible.

J. P. Lensen
4 mai 2026

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