Il arrive souvent qu’on passe devant des merveilles sans s’en apercevoir. Et Visé regorge de trésors cachés, dont un monumental : l’orgue de Devant-le-Pont. Installé au cœur de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, cet instrument exceptionnel accueille des artistes internationaux, notamment lors du Festival d’orgue de Visé, chaque année. Portrait d’un géant exceptionnel.

Deux organistes pour l’actionner

2 claviers. 40 jeux. 2600 tuyaux. L’orgue de Devant-le-Pont est un mastodonte. A tel point qu’il faut souvent être deux pour en jouer. Installé dans l’église depuis 1992 (son trentième anniversaire, l’année prochaine, promet d’être une vraie fête), cet instrument hors norme a succédé a un autre orgue, plus petit, qui n’a pas résisté à une bombe lâchée malencontreusement par un avion allié sur Devant-le-Pont en 1942.

A la fin du conflit, le fond des dommages de guerre finance la reconstruction de l’église, mais sans trouver d’accord pour un nouvel instrument. Bien des années plus tard, la ville de Visé reprend le dossier in extremis et contacte Joseph WOLTECHE, alors professeur d’orgue à l’Académie de Liège, pour dresser un cahier des charges avant la date limite de clôture des derniers subsides pour dommages de guerre, en 1990.

Le préféré de Bach

Un appel d’offre est lancé dans les principales manufactures d’orgues européennes, et c’est un artiste luxembourgeois de réputation internationale qui remporte le marché : Georg WESTENFELDER. 

Après consultation auprès de nombreux artistes et spécialistes, Joseph WOLTECHE lui passe commande, pour 15 millions de francs belges de l’époque (environ 372 000 €) d’un orgue destiné à honorer la musique de Bach. 

« Il a été pensé dans le style des orgues baroques d’Allemagne centrale du début 18ème siècle, très appréciés de Bach »,
explique Dominique WOLTECHE, fille de Joseph WOLTECHE (disparu en janvier dernier). « C’est une œuvre parfaitement en équilibre, avec un degré de finition exceptionnel. Et vu qu’il est assez récent, toute sa mécanique est en parfait état.»
, souligne-t-elle. « Sa qualité, ainsi que l’acoustique excellente font de l’église de Devant-le-Pont une merveilleuse salle de concert. » Autant d’atouts très appréciés par de nombreux artistes internationaux.

Une histoire de famille

Aujourd’hui, l’orgue de Devant-le-Pont est mis à l’honneur chaque fin d’été lors d’un festival, organisé par les enfants de Joseph WOLTECHE. En particulier sa fille Dominique, violoniste et pianiste, et Bernard, violoncelliste. Ils œuvrent pour faire perdurer ce rendez-vous musical visétois créé par leurs parents. « Nous avons aussi une sœur flûtiste, qui habite désormais à Valence en Espagne, et un frère manager spécialisé dans les musiques du monde. Même si nous n’habitons plus à Visé, il est important pour nous de continuer l’œuvre de nos parents. Et nous croyons réellement à la valeur de cet instrument exceptionnel : nous ne voulions pas que ça se perde », explique Dominique WOLTECHE.

Bientôt un enregistrement ?

Aujourd’hui, la famille WOLTECHE rêve de réaliser une captation d’œuvres jouées sur l’orgue de Devant-le-Pont. « Nous sommes nombreux à penser que ce serait vraiment merveilleux », avoue Dominique. « Ce serait vraiment très bien de faire connaître davantage l’orgue visétois. Cela pourrait offrir une belle visibilité à la ville et faire prendre conscience à beaucoup que nous possédons un vrai patrimoine à Visé. Par exemple, un tel instrument n’existe pas à Liège ! Le seul souci que nous avons, c’est qu’on entend assez fort le bruit de la rue lors des prises de son », précise-t-elle. 

Un aléa technique qui pourrait facilement être résolu en déviant la circulation quelques heures le jour de l’enregistrement. Marcel NEVEN, lorsqu’il était bourgmestre de Visé, n’y était pas opposé. Mais, à cette époque, les choses ne se sont pas formalisées.

Une idée à relancer ?

E.H.