Le 16 juin dernier, Francis Huster était à Visé. Pour y jouer « Molière mon Dieu » aux Tréteaux. Une reprise prestigieuse pour la salle visétoise, après de longs mois d’inactivité. Le comédien est venu y partager son admiration sans limite pour Molière et rétablir la vérité à son sujet. Un spectacle qui fait écho à la pétition sous forme de lettre ouverte que Francis Huster a adressée au Président de la République en 2019, afin de faire entrer l’auteur au Panthéon.

Visé Magazine : Que contient ce spectacle, que vous jouez pour la 58ème fois et dont la tournée va s’achever à Carcassonne début juillet ?

Francis Huster : J’y rétablis la vérité sur Molière. En tant qu’homme et en temps qu’artiste. Car ce sont pour moi deux personnages totalement différents. Un peu comme Chaplin et Charlot. Il y a 3 ans j’ai écrit un livre, qui porte le même nom que ce spectacle, pour expliquer ma lettre ouverte au Président de la République. J’y demande l’entrée de Molière au Panthéon.

VM : Comment expliquez-vous qu’il ne soit pas au Panthéon ? Et qu’aucune statue ne le représente à la Comédie française ?

FH : La France a toujours été méprisante avec le métier de comédien. Je l’ai aussi ressenti tout au long de ma carrière. Shakespeare a sa statue devant Westminster ! Alors qu’il n’y a même pas une station Molière dans le métro parisien. Il y a un boulevard Beaumarchais, une avenue Victor Hugo… Mais la rue Molière, n’en parlons pas ! Quand un musicien a du talent, on dit que c’est « sublissime ». Quand c’est un comédien, on ne dit pas que c’est un virtuose : c’est un « cabot ». Il n’y a pas un seul comédien au Panthéon !

VM : Vous pensez que Molière a toujours une résonance par rapport au monde actuel ? 

FH : C’est évident. Shakespeare et Molière ont révolutionné le monde, encore aujourd’hui. Tu ressors de chaque pièce en te disant que tu peux en faire autant. Par exemple, une fille qui voit « L’école des femmes » peut se dire que, elle aussi, dorénavant, ne va plus se laisser faire. La période que nous vivons est semblable à celle qui suit une guerre. Les gens vont réagir avec violence. Mais la violence est la sauvegarde de l’Humanité. Ce n’est pas un défaut, c’est une franchise. On se fait toujours violence quand on veut changer les choses. Et la violence des mots est la plus forte. Les deux années à venir vont être violentes dans les couples et dans les familles.

VM : L’ultimatum que vous avez fixé au Président Macron pour l’entrée de Molière au Panthéon est le 22 janvier 2022, jour du 400ème anniversaire de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin.

FH : Oui, on arrive à la date critique. Si c’est un « non », le masque de la République française va tomber. La tombe au Père Lachaise est une supercherie (le corps de Molière aurait été jeté dans une fosse commune, NDLR). Je propose alors qu’on dépose au Panthéon son œuvre intégrale, dans l’édition originale du 17ème siècle. La Ville de Paris a déjà dit oui à l’unanimité. On attend la décision du Président.

VM : Et si c’est un « non » ?

FH : Je ne peux pas imaginer qu’il refuse. Sinon, nous n’aurions pas mené ce combat-là. Pour mon métier, c’est une reconnaissance indispensable. Et Emmanuel Macron serait alors le Président qui a fait entrer Molière au Panthéon, comme Chirac est le Président qui y a fait entrer Malraux.

VM : Et du côté de votre actualité, que peut-on annoncer ?

FH : Je me rends au Festival de Monte Carlo pour y présenter le téléfilm « Meurtres aux îles du Frioul », tourné avec Jérémy Banster, qui a à son actif 630 épisodes de la série « Sous le soleil ». Je trouve ce film, réalisé par Sylvie Ayme, vraiment très très réussi. La lumière est magnifique.

VM : Vous êtes un grand amateur de foot. Un pronostic pour l’Euro ?

FH : Je vois en demi-finale la Belgique, l’Angleterre, la France et l’Italie. Et j’espère que nous vivrons un nouveau duel entre la France et la Belgique, mais en finale cette fois-ci ! La Belgique mérite enfin un titre.

Propos recueillis par E.H.