Visé redécouvre son patrimoine

Situé sur le « boulevard » de Visé, « Le Phare » fait actuellement l’objet d’une demande d’urbanisme visant sa démolition partielle afin d’y bâtir des appartements. La Ministre wallonne du Patrimoine Valérie De Bue vient cependant d’y opposer son droit de veto : le bâtiment est désormais placé sur la liste de sauvegarde pour une période d’un an, le temps d’étudier son classement éventuel.

Dépôt de bière et écuries à sauvegarder

Ferronnerie remarquable sur les portes et fenêtres, briques émaillées, lettrage doré à la feuille d’or, … Ce sont autant d’éléments architecturaux de qui ont attiré l’attention de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles en décembre dernier. C’est cette dernière qui a ensuite alerté le Ministère wallon du Patrimoine au sujet d’une demande visant à démolir partiellement le n°4 du Rempart des Arbalétriers et à faire disparaître sa façade au style très particulier.

« C’est un bâtiment qui a été construirt en 1922 par la famille Mathot, qui a aussi fait bâtir en 1935 la villa qui est juste à côté », explique Jean-Pierre LENSEN, du Musée régional d’Archéologie et d’Histoire de Visé (MAHVi). « Il abritait à l’origine une société de distribution de bière, une sorte de drink market de l’époque. Puis il a été utilisé comme parking privé ces dernières années. Ce serait dommage de démolir cet exemple d’architecture art déco. Garder au moins la façade serait déjà une bonne chose », ajoute-t-il.

Outre le dépôt de bière et la cave à soutirer, la plus grande partie du bâtiment était à l’origine réservée au parcage des véhicules de livraison, ainsi qu’aux écuries et pièces de services répartis autour d’une petite cour.

12 mois pour trancher

Du côté de la Ministre, on semble être du même avis que l’historien visétois. Ou on souhaite en tout cas se donner le temps de la réflexion. C’est ce que Valérie De Bue a fait en inscrivant le bâtiment sur la liste de sauvegarde du Patrimoine, comme l’explique son porte-parole Jean-Philippe LOMBARDI : « Il s’agit d’un outil qui permet de protéger le bâtiment pendant un an, le temps de faire une analyse complète et d’établir si un classement est possible. Il faut un intérêt patrimonial marquant pour justifier cette procédure. Et rien ne présage du fait qu’il sera classé à la fin du processus. L’Agence Wallonne du Patrimoine (AWaP) va venir sur place pour réaliser une étude approfondie dans les 6 mois ». Le projet privé de transformation est donc actuellement complètement à l’arrêt.

Un patrimoine visétois oublié ?

« Le phare », dont le curieux nom vient en fait des deux tours décoratives situées de part et d’autre de sa façade, est repris par l’AWaP à l’inventaire du patrimoine depuis 2007. On peut en effet le retrouver dans le Guide d’architecture Moderne et Contemporaine de Liège. Cet annuaire, édité par la Fédération Wallonie-Bruxelles, soulignait déjà il y a quelques années l’intérêt de sa façade style « Sécession viennoise », qui se caractérise, entre autres, par la représentation de thèmes.

Un bâtiment du patrimoine visétois sort de l’ombre. Après que les Visétois soient passés devant chaque jour sans plus réellement le remarquer, « Le Phare » pourrait bien se révéler un élément majeur de l’histoire de leur cité.

E.H.