Les Petits Producteurs arrivent le 28 novembre dans la rue Haute

« Nos magasins sont de faux magasins. » C’est ainsi que Pascal HENNEN, gérant du futur magasin, résume le concept des Petits Producteurs. Avant d’expliquer : « Il s’agit plutôt d’un projet agricole, qui prend forme sous forme de magasins. » Après trois implantations liégeoises, la coopérative s’émancipe et s’installe à Visé.

Local (si possible) et bio

C’est le samedi 28 novembre que les Petits Producteurs (présents jusque là uniquement à Liège) poseront leurs cageots dans l’ancien magasin Esprit, rue haute. Une magnifique surface de vente, qui se révèle même un peu trop grande : « C’est un magasin trop grand pour notre usage », avoue Pascal HENNEN. « Nous allons surtout occuper la première partie pour la vente et garder le fond pour la chambre froide, un bureau et le stockage. » 

Le nouveau magasin proposera la même offre que ses grands frères : tout ce qu’on peut trouver habituellement (ou presque) dans une épicerie, avec une particularité : tout est le plus « local » possible, et bio à 99%. « Tout ce qui peut être acheté en local l’est ; c’est impératif pour nous de respecter le côté ‘petits producteurs’. », garantit Pascal HENNEN. Certains produits viennent cependant de plus loin quand on ils ne sont pas cultivables en Belgique ou que la filière n’existe pas dans notre pays. C’est le cas du café, du riz ou du vin, par exemple.

Bien au-delà d’une épicerie

Mais le véritable cheval de bataille des Petits Producteurs, ce sont les fruits et légumes de saison. Et c’est une des raisons qui les ont poussés à s’installer à Visé, comme l’explique le gérant : « Nous voulions venir à Visé pour plusieurs raisons. L’une d’elles est que le magasin est extraordinairement bien situé par rapport aux producteurs. Nous travaillons entre autres avec Pierre-Marie LADURON de Warsage, Théo JODOGNE et ses champignons des grottes de la Montagne Saint-Pierre, Julien VANDECLEE de Houtain-Saint-Siméon, et avec la ferme DERU-LAMBERT à Berneau pour les produits laitiers. »

Leur modèle économique repose sur des frais de fonctionnement les plus faibles possible, afin d’assurer 70% du prix de vente au producteur. Les 30% restants sont destinés à assurer les salaires, charges et projets. En parallèle, Les Petits Producteurs procèdent de temps à autre à un appel aux coopérateurs privés. C’est le cas actuellement (et jusqu’à mi-février), avec pour objectif de lever 140 000€ sans faire appel aux banques, afin de développer de nouvelles filières agricoles (aide aux jeunes agriculteurs, relance de cultures de blé ancien, …) et de financer ce nouveau magasin. « Nous refusons de travailler avec les banques pour le financement. Et nos coopérateurs ont leur mot à dire sur ce qu’on fait de leur argent. Nous voudrions que le consommateur commence à se poser des questions par lui-même », ambitionne Pascal HENNEN.

Guerre du copyright en Basse-Meuse

Leur revendication majeure est de rendre le bio et le local accessible, tout en respectant les producteurs. Une noble mission que s’est également fixée depuis quelques mois l’ASBL « Le panier des Producteurs Passionnés » (LPdPP), à Mortroux (initialement « Le Panier des Petits Producteurs »). Si la cohabitation est aujourd’hui actée, elle ne s’est pas faite sans heurts ou quiproquos . C’est surtout le nom qui a posé problème : « Quand ils nous ont contactés pour lancer leur projet dans le même domaine, on a répondu à toutes leurs questions », explique Pascal HENNEN. « Mais quand on s’est rendus compte qu’ils voulaient porter le même nom que nous, nous craignions une confusion. On trouvait ça dommage, et on ne savait pas quoi faire. » 

C’est finalement une lettre d’avocat à l’ASBL mortrousienne qui a suivi, lui intimant de changer de dénomination (demande validée par une décision de justice). Du côté de Mortroux, on se défend : « On s’était signalés et, vu l’absence de réaction de leur part, pensait que ça ne poserait pas de problème. Nous étions confiants et pas du tout malveillants. Je pense qu’ils avaient déjà décidé de s’installer à Visé et nous n’en savions rien », raconte François BRANCATO. « Le Panier des Petits Producteurs » est donc devenu « Le Panier des Producteurs Passionnés », afin de mettre tout le monde d’accord. Pascal HENNEN tempère : « Nous trouvons leur initiative nickel sur le fond. Mais prendre notre nom, c’était non. J’estime que ce n’est pas grave et j’espère sincèrement que leur activité va tenir le coup. »

Si la cause des Petits Producteurs est noble et dans l’air du temps, il est à souhaiter qu’elle s’intégrera sans trop de remous à l’offre traditionnelle déjà existante dans la même rue, et à laquelle les Visétois sont attachés. Pascal HENNEN conclut : « Nous voulons sortir l’agriculture d’une forme de marasme. Il faut avoir l’audace de changer les filières. Notre but est de rendre le sourire aux producteurs, car beaucoup ne l’ont plus. »

E.H.