Texte de la cérémonie des bougies au relais pour la vie de Visé 2019.

Lecture par la marraine isabelle Hauben et le parrain Didier Smeets 

Texte de Martine Bourdouxhe

« Les nouvelles ne sont pas bonnes … »

Le temps d’un battement de cils et il y a désormais un avant et un après !

Le temps d’un battement cils et la terre s’ouvre, le ciel se déverse, le vent déchaine mille émotions, mille peurs, mille désillusions, brise les rêves et charrue le quotidien.

Le temps d’un battement de cils …

Le temps d’un battement de cœur et, tout à la fois, tout s’arrête et tout s’accélère !

Le temps d’un battement de cœur, tout se brouille, tout s’embrouille.

Le temps d’un battement de cœur …

Nos regards, noyés par le sac et le ressac de l’angoisse, se sont baissés pour mieux se détourner, nous renvoyant à nos solitudes.

La solitude du patient, la solitude de l’accompagnant, la solitude du soignant … chacun d’eux désintégré dans la bulle de sa propre solitude, dans son silence assourdissant et son tumulte déroutant.

Le temps d’un battement de cils, le temps d’un battement de cœur …

Puis, nos regards se sont relevés.

Puis, nos regards se sont croisés et, dans un élan de fortitude, ils ont osé se parler.

« Je vais me battre » a promis le patient.

« Je serai à tes côtés » s’est empressé l’accompagnant.

« Je vais vous aider » a continué le soignant.

La vie prend le relais, plus précieuse que le trésor des rois du monde et plus imaginative que jamais.

Elle improvise mille subtilités pour déguiser la lenteur des jours et l’amertume des contraintes que la maladie inflige, pour rendre des couleurs à la grisaille alentour.

Elle se fait douceur quand elle ne peut plus être gourmande.

Elle se fait sourire quand elle ne peut plus être comédie.

Elle se fait solidaire pour s’émanciper.

La vie prend le relais, plus riche de ses rencontres et plus audacieuse qu’elle ne l’a été.

Elle encourage les découvertes tout autant qu’elle se projette vite, fort et bien.

Pourquoi remettre à demain le plaisir de vivre aujourd’hui ?

La vie prend le relais. Elle convoque en sa maison le meilleur de nous, le plus somptueux de nous : l’amour et l’affection, l’empathie et la discrétion, la solidarité et la reconnaissance, la grâce et la gratitude …

Visé, il est 22 heures.

Visé ne s’endort pas.

Visé n’a pas sommeil.

Visé a faim de cette vie, plus sirupeuse que le jus des pommes et des poires de cette Basse-Meuse qui l’entoure, plus gouteuse que le fromage que promettent les prés du plateau de Herve si proche, faim de cette vie aromatisée comme les graines de la cabosse, mûrie aux soleils lointains, coulant en nos palais le divin cacao.

Visé veut se laisser emporter par ces ingéniosités du récit conté qui donnent au quotidien un reflet tout mordoré et par les foulées de rires qui dévalent et déboulent entre Voer et Berwinne, entre Meuse et Julienne.

Visé s’arrête un instant et se souvient de celles et ceux dont l’appétit pour la vie n’a pu être comblé.

Visé s’arrête un instant et leur rend hommage, associant à leur courage celles et ceux qui les ont assistés et qui les ont accompagnés.

Visé, dans un battement de cils, dans un battement de cœur, dans un clin d’œil de la vie, dans un message personnel à chacun de celles et ceux à qui il le destine, s’incline.